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Alice Geneste

Alice Geneste, 23 ans, trois titres de championne de France d'enduro à son actif. Pour se faire une place dans un monde de mecs, cette motarde de charme ne manque pas de volonté.

Elle relève d'une sale blessure. L'an dernier, Alice Geneste s'est déboîté la cheville du tibia et du péroné, ce qui lui a valu cinq mois de béquilles et deux de rééducation à St-Raphaël. Ce n'était pas de bol et franchement stupide puisque cette motarde n'est même pas tombée de moto. Elle faisait de la course à pied pour se tenir en forme...

Cette étudiante de vingt-trois ans pratique quantité de sports, individuels surtout. Elle nage, fait de l'escalade et de la gym, monte à cheval. Mais c'est l'enduro qu'elle préfère, discipline dans laquelle elle se distingue, ayant par trois fois décroché le titre de championne de France. Moins connu que le cross, l'enduro est une discipline qui lui ressemble à première vue : de la moto tout terrain.

Elles sont pourtant différentes. Le cross est un sprint sur circuit fermé. L'enduro se court sur les chemins publics et il faut tenir la distance. Au cross le spectacle, la vitesse et le raffut, les moteurs pointus. A l'enduro la régularité, la passion de rouler en liberté, une certaine idée de l'usage de la nature. Le premier permet de faire passer à la caisse des spectateurs, et il est éventuellement télégénique. Le second n'attire pas l'argent, et il n'est pas médiatisé.

Tout le monde ric-rac

"L'enduro, se félicite précisément Alice, est encore un vrai sport, où la performance est plus importante que l'argent." Dites-lui que tout de même, c'est un sport mécanique qui demande un budget... Elle sourit et transige en disant que c'est "un sport de riche pratiqué par des pauvres". Et reconnaît être privilégiée puisqu'elle est pilote officielle de l'importateur en France de TM Racing, une marque italienne assez confidentielle.

Installée à Brioude, Technique Moteur lui fournit deux motos 125 cm3, l'équipement et le carburant. "Les gens ont de plus en plus de mal à se faire sponsoriser, remarque Alice, tout le monde est ric-rac. Il est même de plus en plus difficile de trouver quelqu'un qui vous fournisse les pneus. Je suis pilote officielle chez eux depuis mon 1er titre de championne de France. C'est une situation rare, j'ai beaucoup de chance. Il faut 45.000 euros pour faire une saison en international."

Engager "une jeune fille comme pilote officielle, explique de son côté Fred di Gambattista, de Technique Moteur, est très porteur au niveau de l'image en raison du très faible nombre de femmes engagées en compétition. Quand on a commencé en 2003, je me souviens que les gens se demandaient un peu ce qu'elles faisaient là. Mais elles se sont fait respecter par leurs résultats et elles sont très observées au paddock. Et puis nous avions un problème parce que les TM Racing souffraient d'une image de moto élitiste, pas faciles à prendre en main. On peut dire aujourd'hui "vous voyez, une fille y arrive"."

Il y a loin entre piloter une moto et disputer des enduros de bon niveau sans se ridiculiser. On compte une dizaine de filles inscrites en championnat de France dont deux ou trois font des résultats. Une compétition se déroule sur un parcours d'une longueur comprise entre 60 et 100 kilomètres -plus il est court, plus il est dur- principalement sur des chemins, en croisant parfois des routes sur lesquelles on est supposé respecter le code de la route.

Les pilotes de niveau national font deux boucles, les élites ou internationaux trois boucles. Sur le parcours sont placés trois contrôles horaires où le coureur doit pointer exactement à l'heure dite. On ne peut donc pas prendre d'avance d'un segment de parcours sur l'autre. Et chaque minute de retard vaut des pénalités. Les meilleurs sont départagés lors de la "spéciale", une épreuve sur circuit fermé de style cross, chronométrée.

L'enduro a longtemps été, et est souvent resté, un loisir pratiqué avec des copains car on ne court pas sans une assistance particulièrement motivée. A chaque point de contrôle horaire, les concurrents ont besoin de ravitaillement, en essence pour la machine, en barre de céréales et en paroles réconfortantes pour eux-mêmes. "Les gens qui font l'assistance doivent bien vous connaître, note Alice, surtout pour savoir quoi vous dire en cas de coup de fatigue."  Et ils ne doivent pas traîner. Il ne s'agit pas de rater un rendez-vous à contrôle horaire. Et comme ils sont en voiture et passent par la route, ce qui n'est pas toujours le plus court chemin, l'assistance prend parfois l'allure d'une course en elle-même. Depuis qu'elle court pour Technique Moto, Alice bénéficie d'une assistance pro.

Mais ça ne veut pas dire qu'elle est libérée de tous les soucis. En rigolant, elle raconte ses handicaps dans ce sport traditionnellement masculin. "Lors des contrôles horaires, il nous faudrait deux minutes de plus. Les gars, quand ils veulent faire pipi, c'est facile. Moi, il m'arrive d'avoir mal au ventre à force de me retenir. Et puis lorsque les organisateurs prévoient des douches, il n'y en a pas pour les filles." Mais elle a aussi la satisfaction de lire l'admiration qu'elle suscite chez les petites filles. "Beaucoup m'écrivent par l'intermédiaire de mon mail pour me dire qu'elles aimeraient faire de la moto, que leurs parents ne veulent pas."

Caractère bien trempé

Pour maîtriser la machine qui pèse ses 110 kilos et les ardeurs d'un moteur qui développe entre 30 et 40 chevaux, il ne faut pas craindre de se jeter dans la bagarre. Alice, justement, paraît trop sympathique pour ce genre de combat. "Je suis hargneuse, dit-elle pourtant, mais je manque parfois d'esprit de compétition." "Les filles, soulignent Fred di Gambattista, ne partent pas égales avec les garçons, simplement en raison de la différence de masse musculaire. A elles, il faut une force de caractère particulière et Alice a un caractère bien trempé. En 2004, pour l'épreuve d'ouverture du championnat de France, les conditions météo étaient catastrophiques : chutes de neige la veille et gel pendant la nuit. Sur les 130 pilotes nationaux au départ, 34 sont arrivés au bout. Dont Alice. Elle ne jette pas l'éponge tant qu'elle ne s'est cassé quelque chose." Et tout ça pour la gloire puisqu'il n'y a rien d'autre à gagner que "de la ferraille (des coupes) et la satisfaction perso de finir sa course."

Cette année, de retour après sa blessure, Alice ne s'attend pas à faire un résultat exceptionnel, mais espère "asseoir une deuxième place", derrière sa rivale Ludivine Puy, "on est toutes les deux à se tirer la bourre". Mais en mars commencera la saison suivante. Elle vise alors une première place en championnat de France et, si elle trouve des financements, elle sera aussi sur le championnat d'Europe avec l'objectif d'être également la première. Elle devra passer avec succès une nouvelle épreuve : trouver 10000 euros pour boucler son budget.

Elle fera ça à ses heures perdues, si elle en trouve, parce que sa semaine est bien occupée par ses cours à la fac où elle étudie en Staps. Elle ne veut pas être prof mais "rêve de monter un centre de loisirs où l'on pratiquerait plusieurs sports et où les jeunes seraient sensibilisés à la sécurité routière et à l'environnement." Elle a déjà un BTS gestion et protection de la nature et a passé un Brevet d'éducateur sportif.

Elle évoque avec diplomatie l'ancestral conflit entre enduristes et randonneurs. Ces derniers ont parfois du mal à accepter la cohabitation avec des motos pétaradantes bien que le bruit qu'elles génèrent soit réglementé et contrôlé lors des compétitions. "C'est vrai que la moto fait du bruit mais ça dure deux minutes. C'est sûr qu'il y a une attitude à adopter : il faut rouler lentement quand on rencontre des randonneurs ou des chevaux. Bon, il y a bien des petits jeunes qui font les cons..."

Elle est raisonnable Alice. Et sympathique. Pas besoin de répéter que le cidre paternel est délicieux pour qu'elle vous en colle une bouteille dans la musette. C'est pas à cause de ça qu'on va vous dire qu'en plus elle est jolie.

 

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