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Delphine Pinasa

Après quelques années au service des costumes appartenant à l'histoire du spectacle à l'Opéra de Paris, Delphine Pinasa s'est installée à Moulins pour prendre la tête du Centre national du costume de scène. Le costume de directrice déléguée semble pour elle taillé sur mesure et son mentor, Martine Kahane, lui prédit un avenir de conte de fée.

Depuis qu'elle est arrivée de Paris, Delphine Pinasa a adopté la vie de caserne. À Moulins, elle vit et travaille dans l'ancien quartier militaire Villars reconvertis en Centre national du costume de scènes dont elle est directrice déléguée. On a vu pire logement de fonction et le boulot semble lui aller comme un gant.

Dès la fin de ses études, cette fine et dynamique quadra s'est consacrée à la vêture remarquable. Au département de la mode du musée des Arts décoratifs d'abord où elle a "découvert l'objet costume, les expositions, la documentation." Elle est ensuite allée faire son tour à Londres, au Victoria and Albert Muséum département "fashion and textiles" pour réaliser un "chantier de collection", un inventaire complet. Après une année anglaise, elle entre à l'opéra Paris-Bastille pour gérer costumes, accessoires et décors. Ces derniers se trouvent dans 1500 ou 2000 containers dans le port de Gennevilliers. Autant dire que l'affaire demande d'avoir le sens de l'organisation. Et Delphine Pinasa a probablement gagné un brevet de diplomatie en faisant adopter le support informatique dans des services qui l'ignoraient. Elle passe ensuite au service patrimoine des costumes à l'opéra Garnier. "Lorsqu'ils sont déclassés, explique-t-elle, les décors sont détruits mais les costumes sont conservés. Il y avait 70000 à 90000 pièces et il s'agissait de préserver ce qui présentait un intérêt muséographique. Il fallait tout indexer car jusqu'ici, ça fonctionnait plutôt sur la mémoire humaine. J'ai passé quelques années à ouvrir des cartons." 

50 000 visiteurs

En 1994, elle est convoquée au Ministère de la Culture avec Martine Kahane, autre spécialiste du costume rencontrée à l'opéra et qui l'a prise sous son aile. L'Etat souhaite la création d'un centre national du costume de scène qui réuniraient les contributions de l'opéra de Paris, de la Comédie française et du département "art et spectacle" de la Bibliothèque de France. À cette époque, le projet n'envisage pas d'accès au public mais seulement un centre de réserves.
12 ans plus tard, le Centre accueilli à Moulins ouvre ses portes dans 6000 m2 de bâtiments grand siècle. Il est riche de 8000 costumes destinés à faire l'objet d'expos temporaires. "Ils ne supporteraient pas l'exposition permanente" note Delphine Pinasa qui se trouve à la tête d'une équipe de quinze salariés. Le centre, unique au monde, dépassera pour sa première année les 50000 visiteurs, performance remarquable et preuve qu'il y a un public pour cette mémoire du spectacle vivant que sont les costumes de scène.

Martine Kahane, restée à Paris, en est la directrice. "Je connais Delphine depuis son arrivée à l'opéra de Paris où elle était ma collaboratrice, raconte-t-elle. C'était à la fin des années 80. Nous formions une équipe insolente et volontariste, comme les corsaires du Roi, prenant des risques pour avoir des résultats. C'est quelqu'un qui a du courage, apprend tout le temps et a le sens du rire. Elle a un charme fou. Elle connaît autant le théâtre que la mode, ce qui est un profil rare. J'ai toujours su qu'elle était faite pour monter des projets. Vous pouvez l'envoyer n'importe où dans le monde, vous n'aurez d'elle que des compliments tant comme personne humaine que comme spécialiste du costume."  Les costumes parlent du corpsPartout dans le monde, et même à Moulins, ville à priori improbable pour y créer un musée de costumes. Delphine Pinasa : "C'était un défi d'implanter un projet comme ça dans une région qui n'a pas de tradition particulièrement forte du spectacle vivant. Je ne crois pas que la préoccupation première des Moulinois était là. Mais ils sont venus très nombreux pendant la première semaine d'ouverture. D'un autre côté, les ateliers restent attachés à leurs costumes et se demandaient bien pourquoi on ne les gardait pas à Paris."
Mais les conditions d'accueil offertes par la ville de Moulins, sur l’initiative de Pierre-André Périssol, son Maire, auront eu raison de tous les obstacles. La capitale de l'Allier participe au financement du Centre, avec le Conseil général et l'Etat. La Région ne s'est pas engagée, et Delphine Pinasa lance avec humour une invite, se souvenant avoir rencontré l'ancien Président, Pierre-Joël Bonté, qui "était tout à fait partant pour participer au financement. D'ailleurs, ce n'est pas énorme, on n'est pas Vulcania." Mais elle n'est pas du genre à réclamer, conservant des attaches parisiennes qui lui font dire : "Je n'ai pas d'accointances particulières avec le monde politique. On est "national" avant tout."

La contribution des costumes de scène à la culture est immense, souligne-t-elle, "ils témoignent de l'histoire des spectacles et du théâtre, du patrimoine littéraire. On montre à travers eux des textiles, broderies, dentelles, des savoir-faire français en voie de disparition. Ils parlent du corps et posent cette question : "qu'est-ce que l'illusion ?

L'opéra de Vichy... heureusement

Elle a l'air d'une ballerine à côté de l'armure massive de quelque centurion d'opérette. C'est l'une des pièces collectées pour l'exposition qu'elle prépare et dont elle est commissaire. Elle est partie en quête des costumes de scène réalisés par Christian Lacroix. "Contrairement aux expos précédentes, faites avec les costumes du fonds, celle-ci présente 150 pièces glanées à Vienne, Bruxelles, Paris, New-York, Séville, Marseille, Nîmes ou Londres. J'ai rencontré beaucoup de gens du spectacle, Blanca Li ou Lambert Wilson." Et Christian Lacroix, son meilleur souvenir professionnel. "C'est un artiste complet, qui écrit très bien, et a une énergie et une force de travail incroyable."
Elle-même est énergique. Son administrateur, Matthieu Jouin évoque sobrement "son engagement extrême pour le centre". Elle répond que la motivation engendre "une énergie terrible".
Peur d'un échec ? "Une baisse de la fréquentation, j'en serais responsable aux yeux de tous ceux pour qui je travaille." Alors elle s'est jetée dans le boulot, sans avoir eu bien le temps des souffrir de la vie provinciale, même si les magasins fermés entre midi et deux, ça lui a "fait un choc". "À Paris, j'allais beaucoup au spectacle, ça me change. Heureusement, il y a quand même l'opéra de Vichy. En même temps, s'il y avait beaucoup de spectacles, je n'aurais pas le temps de les voir. Et puis les mentalités évoluent. On ne regarde plus la Province de haut. Tout le monde veut des conditions de vie différentes de celle de Paris." Comment voit-elle l'avenir ? "Comptons trois ans pour monter le projet. Après il faudra en profiter un peu. Si ça se trouve, je serai toute ma vie à Moulins." "Dans 10 ans, prédit Martine Kahane, elle peut avoir choisi n'importe quoi, travailler au Métropolitan à New-York ou être toujours à Moulins qui sera devenu j'en suis sûre quelque chose d'énorme. Ou peut-être aura-t-elle épousé un milliardaire et dirigera-t-elle une fondation."

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