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Jean Anglade

On ne présente plus Jean ANGLADE. Après Vialatte et Pourrat, il est pour nos contemporains celui qui incarne avec le plus de ferveur et de générosité pour sa terre d’origine et ses habitants l’Auteur auvergnat. Son goût pour la simplicité dans les rapports humains fait parfois oublier qu’il est aussi l’auteur, en dehors d’une quantité de romans qu’on peut sans exagérer qualifier d’incalculable, d’une traduction du Prince de Machiavel et du Décaméron de Boccace, ainsi que de biographies de Pascal, Hervé Bazin ou de Sidoine Apollinaire.

A personnage d’exception, traitement particulier : le texte qui suit a été rédigé par Jean Anglade lui-même. Dans cette volée de souvenirs, intacts bien que lointains, où l’autodérision n’est jamais loin, il a glissé un petit bulletin de santé personnel…

« Je suis né à Thiers (Puy-de-Dôme), ville où l’on aime rire quand on devrait pleurer. Ceux qui encore y parlent le patois se surnomment Bitors (deux fois tordus) et se chantent “Bitor, tchou tor, chambo de può” (Bitors, cul tordu, jambe de porc…).

Pour moi, âgé de 100 ans depuis le 18 mars 2015, je devrais être enfermé dans une maison d’invalides, et je continue de jardiner, de cueillir mes pommes, mes coings, mes cerises, de conduire ma petite voiture, d’écrire et de publier des livres. Lorsqu’on me demande mon secret de longévité, je réponds : « Si j’en avais un, je le vendrais et je serais milliardaire. »          

J’ai acheté une maison avec les droits d’auteur venus de mon premier roman, Le Chien du seigneur (Plon, 1952). Il obtint un succès de scandale qui émut toute l’Auvergne. L’évêque de Clermont, Monseigneur de La Chanonie, s’en offusqua et pensa le faire inscrire à l’index, qui en interdisait la lecture aux bons chrétiens. M’ayant rencontré, il y renonça, pensant qu’après six mois de tapage, mon chien allait bientôt cesser d’aboyer. Je répondis : « Comme il vous plaira, Monseigneur. » En fait, depuis 1952, l’index a été supprimé, Monseigneur de La Chanonie est monté au paradis, et mon roman respire encore, on peut le trouver dans toutes les bonnes librairies.

Le maire de Thiers, Antonin Chastel, obtenait tout ce qu’il voulait en pratiquant la générosité. C’est ainsi qu’il allait à Clermont les poches pleines de couteaux, de ciseaux, de rasoirs, les distribuait au préfet et autres personnalités. Il demandait par exemple l’autorisation d’installer un terrain d’aviation à l’usage des Thiernois. Réponse du préfet : « On m’a dit que l’atmosphère thiernoise n’y convient pas, qu’elle est pleine de trous. » Réponse d’Antonin : « Vous en faites pas, nous les boucherons. »          

Il fit même construire une Ecole nationale professionnelle, que tous les Thiernois nommèrent injustement Ecole de Coutellerie. Dans les années 1940-41, je m’y rendais à bicyclette cinq fois par semaine. Mes élèves me baptisèrent Rondel, parce que mon pantalon avait perdu ses plis et parce que je faisais réciter un rondeau de Charles d’Orléans : « Le temps a laissé son manteau / De vent, de froidure et de pluie / Et s’est vêtu de broderies / De soleil rayant, clair et beau… » Je faillis me faire fusiller par les Allemands en montant la côte de la Chèvre. Chez ma tante Mathilde, je faillis me fusiller moi-même, parce que l’oncle Annet avait transformé ma chambre en musée de la guerre précédente. Les murs étaient tapissés de fusils Mauser et Lebel, de baïonnettes, de casques. J’eus le tort de bricoler un fusil de chasse pliable, de le charger de deux cartouches, de le redresser brusquement. Mes joues sentirent la décharge qui s’enfuit par la fenêtre et provoqua dans le jardin une pluie de mûres noires.

La Durolle faisait tourner les meules des émouleurs, particulièrement au Creux de l’Enfer. En toutes saisons, un chien leur chauffait les cuisses. De nos jours, tout est électrifié, même les chiens. Il y a vraiment de quoi pleurer. »

Cycle de lectures de l'oeuvre de Jean Anglade

À l'occasion de l'anniversaire de Jean Anglade, retrouvez toutes les dates du cycle de lectures qui a lieu dans les médiathèques de la région Auvergne à partir du 18 mars 2015.

 

Usine du May - Creux de l'Enfer - Thiers

 

Photo de Jean Anglade : Philippe Matsas / Opale / Editions Calmann-Lévy
Photo de l'Usine du May - Maison de l'aventure industrielle de Thiers : Région Auvergne

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