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Jean-Paul Amouroux

C'est l'un des plus éminents pianistes français de boogie woogie. En Août, il sera comme chaque année de retour au pays, dans le Cantal pour le Festival de Boogie de La Roquebrou dont il est directeur artistique.

L'air de Châtel-Guyon ne fait rien au lumbago. De Paris à l'Auvergne, Jean-Paul Amouroux a voyagé avec son tour de rein. Et dans la salle de restaurant de l'hôtel Cantalou, il s'est assis en grimaçant un peu sur une chaise en tube chromé et skaï marron. "J'ai bien un copain kiné mais je n'ai pas eu confiance". Il rigole en coin et on lui trouve un faux air de Jean Rochefort. Il donne dans deux heures un concert à la brasserie du Casino mais ne manifeste aucun stress et se prête avec plaisir au jeu de l'interview pour lequel il a une musette pleine d'anecdotes.

Jean-Paul Amouroux fait partie du cercle restreint des pianistes de boogie woogie, jazz endiablé auquel il se voue depuis qu'il l'a découvert dans l'adolescence. En ce temps-là, il était encore à Aurillac, sa ville natale, et s'était mis au piano, montrant un don pour la musique. L'apprentissage du piano passait par le classique bien sûr, mais à son pick-up il faisait jouer Bill Halley, Gene Vincent, Elvis... "La disquaire d'Aurillac, un jour, me dit qu'elle a un "Boudji voudji" et qu'elle pense que ça peut m'intéresser. J'ai eu le coup de foudre".

Me brisez pas le 45 tours

Il ne faut pas chercher dans l'environnement familial l'explication de cette passion. "Mon père n'aimait que l'opéra et ma mère m'a brisé mon premier disque de boogie, excédée de l'entendre", Il en a gardé les morceaux, "comme une relique", et a pardonné à cette mère qui était très fière lorsqu'il commença à enregistrer ses propres disques.

La volonté d'échapper à la vie de province, sans doute, a compté. Il a onze ans lorsqu'à l'occasion d'études musicales, il découvre Paris. Il tombe raide dingue de cette ville où il se promet de vivre et où il s'installe dès 1966. Coïncidence heureuse car le créneau "pianiste de boogie woogie en Cantal" est moins qu'une niche, même si il a fait au pays un retour d'enfant prodigue trente ans plus tard, en créant avec des amis à La Roquebrou un festival de Boogie. Mais sa vie est dans la ville lumière où il retrouve ses pairs. "Les musiciens sont fascinés par Paris et elle a attiré les plus grands". C'est ainsi qu'il a eu la chance, explique-t-il "d'enregistrer avec des Noirs américains qui ont inventé le Boogie". Il cite Milt Buckner, Willie Mabon, Memphis Slim, Sammy Price ou Jay McShann, "celui-ci est mort il y a deux mois, c'était le dernier grand".

Où sont les jeunes ?

Car, c'est le drame de cette musique-là, "il n'y a pas de relève chez les jeunes. Le jazz est le seul art typiquement américain mais ce pays va de l'avant et ne regarde pas en arrière. Les jeunes n'ont qu'une obsession, la mode. Pour eux c'est la musique de grand-papa. Pour le festival de La Roquebrou, je vais recruter au Etats-Unis. Mais la moyenne d'âge, au festival de jazz de San Diego en Californie, c'est quatre-vingts ans. J'essaie de trouver des jeunes, et des femmes. Quant au boogie, il n'est plus diffusé, les disques sont épuisés. Il n'y a pas de demande, d'ailleurs, les gens ne savent même pas ce que c'est".

Quelques ambassadeurs de sa trempe suffiraient sûrement à relancer la mode. Il est intarissable. De son expérience sur Radio Soleil sans doute, où il anima une soixantaine d'émissions, il a gardé le sens de la formule. Il ne jargonne qu'à bon escient et, bon prince, se montre reconnaissant à son interlocuteur béotien d'être aller faire un tour sur internet pour préparer la rencontre. "Le boogie est une façon de jouer le blues au piano. C'est le premier style de jazz, né avant le ragtime, très africain d'esprit. La main gauche créé un roulement obsédant et répétitif. La droite des "riffs", courtes phrases destinées à faire monter la tension. La main droite joue dans l'ignorance feinte de la gauche."

Le boeuf est la règle

Deux heures plus tard, il met la théorie en application. Il n'a pas dit à quel point cette musique prenait le public et entraînait les danseurs. Il a seulement avoué : "Faire danser les gens j'adore ça. C'est pour ça que je vais jouer au Caveau de la Huchette." Il a retrouvé au Casino des collègues musiciens, cuivres, batterie et contrebasse. Cinq minutes avant de se produire, ils ne se connaissaient pas et n'avaient donc pas établi de programme. "Pour bien jouer, il faut être amoureux du boogie et avoir les qualités de tout jazzman, donc le sens de l'improvisation. Ce n'est pas une musique écrite. Il y a une façon jazz de jouer n'importe quel morceau. Jouer note à note, ça me fait ch... Enfant, je rejouais d'oreille les chansons de la radio et je rajoutais des notes aux valses de Chopin." Il raconte encore cette anecdote. "Pour mon concert à deux pianos avec Jay McShann à Montauban, quelqu'un a demandé à Jay si on allait répéter. Celui-ci était mort de rire,"

La voiture anglaise chez un pianiste allemand

Attention il ne rigole plus si on dit qu'il est un "joueur de piano". "Eh, c'est pas un sport". Mais affirme que son métier est un jeu. "Le travail, c'est d'écouter". Et d'inventer quand même, il a composé quelque 175 thèmes.

Il n'est pas né au bon moment, ni au bon endroit. "J'aurais bien voulu naître au début du vingtième siècle aux Etats-Unis. J'aurais aimé être au Carnegie Hall en 38" rêve-t-il en évoquant une série de concerts mythiques organisés par John Hammond à New-York et qui popularisèrent le boogie aux Etats-Unis.

Au lieu de ça, il a connu le revers du jazz. A tel point que dans les années 90, il a revendu sa Jaguar E. "Elle est sortie quand j'avais 18 ans. Je me la suis payée dix ans plus tard, quand elle se vendait en 2ème ou 3ème main. La première année, j'ai passé plus de temps à la pousser qu'à la conduire. Elle me faisait penser à une belle garce. Enfin, quand le jazz est retombé, j'étais bien content d'avoir ça. C'est un pianiste allemand de boogie qui me l'a achetée. Comme ça elle est restée dans la famille." La Jag' fut un fantasme, et sa dernière liaison automobile. "J'aurai eu dans ma vie deux véhicules : un Solex et la Type E."

Aujourd'hui, d'autres mécaniques lui font tourner la tête. Comme les grandes orgues des églises parisiennes où il a enregistré un disque (à sortir). "On dirait que deux cents trompettes jouent en même temps." Ca lui a rappelé le temps où "en pension chez les curés, il jouait le boogie sous l'œil hagard des bonnes soeurs à la chapelle. C'était pour moi une satisfaction de jouer là une musique qu'on entendait autrefois dans les bordels. J'étais un peu canaille..."

On lui dirait bien qu'il l'est resté lorsqu'il explique avec gourmandise avoir réalisé un fantasme en jouant avec sept musiciennes qui ne se connaissaient pas, pour un concert à La Roquebrou. "Je ne savais plus comment je m'appelais car je les déshabillais du regard une à une pendant le concert." Il en a oublié le lumbago.

Les 9-10-11 août se déroule à La Roquebrou dans le Cantal "le plus grand festival de boogie woogie au monde" d'après Jean-Paul Amouroux, son directeur artistique. Plus d'infos et programme.

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