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Jim Yamouridis

Il y a cinq ans, cet architecte et musicien australien d'origine grecque a remisé l'équerre pour se consacrer tout à fait à la musique. En même temps que de vie, il a changé de décor, choisissant la Haute-Loire d'où venait sa compagne.

 

À côté de Lavoûte-Chilhac, en Haute-Loire, Blassac compte quarante-huit habitants. Dont une famille venue d'un nouveau monde il y a cinq ans, à l'initiative de Jim, le père. Ce quadra taciturne est né et a grandi à Melbourne dans une famille grecque arrivée après la Seconde Guerre mondiale, et qui n'a jamais rompu avec la culture de ses origines.

Lui est devenu architecte, mais trempait dans un bain musical animé par des oncles joueurs de rembetika, un genre de blues grec, et il pratiquait bouzouki, baklama, piano, guitare ou, à défaut, banjo. Hors la Grèce, Melbourne est une des principales villes grecques du monde, avec écoles, journaux, clubs sociaux grecs... « J'étais dans une grande ville puissante et belle, avec une âme culturelle », résume-t-il, pour dire qu'il ne s'est pas « fuité » d'un endroit assommant. Alors qu'une partie de la famille fait son grand retour au bercail, lui choisit le Massif central, et la Haute-Loire de naissance de Mireille, sa compagne rencontrée en Australie.

C'est alors qu'il s'est mis au Français. De sa voix de basse mise en sourdine, il roule les « R » en prononçant les formules charmantes de ceux pour qui la langue est encore neuve : « C'était mon idée pour venir ici. J'ai fait quelques voyages, spécialement en Auvergne. J'ai adoré le paysage, presque romantique pour moi. J'ai dit à Mireille : “On pourrait faire un changement de vie. » Son objectif est de laisser tomber l'architecture, qu'il exerce et enseigne, pour se consacrer totalement à la musique puisqu'il écrit, compose et interprète. Il appartient alors à un groupe connu, The stream, qui a sorti deux disques produits par Conway Savage, le clavier de Nick Cave and the bad seeds.

Pas d'improvisation sans confort
Arrivé en Auvergne, il lui faut se faire un nom. Traductrice de littérature anglophone, l'énergique Mireille est aussi son manager. « Quand elle nous a appelés, se souvient Hervé Deffontis, de la Coopérative de Mai, qu'elle a présenté le CV impressionnant de ce mec arrivé de nulle part, architecte en prime, on s'est dit “Ben voyons !”. Et puis on a fait une recherche sur Internet et ce qu'on a trouvé nous a convaincus de le faire venir. On a vu arriver un dandy en costard trois pièces, avec un truc dans les yeux et dans la voix, et une gentillesse particulière. On a écouté son groupe et on a craqué. » « C'est grâce aux gens de la Coopé que ma carrière a redémarré ici, note Jim, reconnaissant. Ils sont très... “apologetic” avec moi. »

Et pour montrer combien ils le défendaient, ils lui ont offert il y a quatre ans la première partie de Belle and Sebastian. « Ils ont téléphoné la veille du concert et ils m’ont dit “t'es prêt ? », raconte le musicien en laissant un temps de silence pour qu'on comprenne bien que ce genre d'ultimatum le met à la torture. Car avant de monter sur scène, il se prépare toujours longuement. Résumé par Hervé Deffontis : « Il est limite maniaque ». Explication de Jim : « Quand je suis seul sur scène, la préparation c'est énorme pour donner le bon degré de “intimacy”. Je peux improviser dans le confort. Parce que chaque concert est différent. De l'un à l'autre, je n'aime pas garder le même ordre des chansons. Je ne suis pas “mecanical ».

La Coopé produit ensuite The name of this place, le premier album français de Jim. « Il a tenu à enregistrer chant et guitare tout seul, on l'a soutenu », dit Hervé, soulignant ainsi l'ampleur du défi, les mérites de l'artiste et la confiance que ceux de la Coopé ont mise en lui. Tout de même, ils lui ont fait rencontrer du monde, en particulier Sébastien Martel, guitariste de M avec lequel l'alchimie a fonctionné au point que celui-ci a enregistré et arrangé Travelling Blind, l'album à sortir de Jim. Ils attaquent d'ailleurs ensemble et avec deux autres musiciens une tournée en ce début d'année. Après la France, elle les conduira en Belgique et en Italie.

« La musique, c'est pas facile... »
Jim quittera ainsi l'hiver altiligérien où il dit se sentir comme un moine. Dans le village de Blassac, il habite une maison qui, le jour où il l'a trouvée, était encore plus sombre que lui. Le précédent propriétaire n'avait pas jugé utile d'ouvrir des fenêtres dans cette ancienne grange. Constant dans ses goûts, il avait retenu le noir pour les murs, le noir pour la moquette et quelque chose comme du brou de noix pour les plafonds lambrissés et les poutres. Jim a passé un coup de peinture et a percé des ouvertures. Il a fait ça lui-même. Mi-figue mi-raisin, il précise : « J'ai pensé que dans mon changement de vie, je pouvais faire des choses manuelles. » La moquette n'a pas bougé et le jour où il la changera, il reprendra du noir, la couleur de ses vêtements et de bon nombre de ses chansons.

Il aime la vie d'ici, qui l'épargne des distractions, car il a besoin pour travailler d'un silence total et d'être seul. Son quotidien est rythmé par le café du matin au café de la Tour, à Lavoûte-Chilhac, où il a d'ailleurs donné son tout premier concert français un soir de fête de la musique. Puis il se balade « du côté de la rivière » (l'Allier), dans les méandres de laquelle des architectes audacieux ont bâti un décor pittoresque et vertigineux, et revient vers neuf heures pour travailler : « J'arrête quand Aki, mon fils, revient de l'école. Si tout va bien, je recommence l'après-midi. Si tout va mal, je laisse tomber et je recommence le lendemain. La musique, c'est pas tout à fait facile... En ce moment, je travaille sur trois morceaux en même temps. Le pire, c'est quand tu ne fais rien. »

Il compose des ballades folk qui souvent inspirent à ceux qui l'entendent un rapprochement avec Léonard Cohen. Quant aux paroles, elles disent « des choses de “humanity”, de l'amitié, de la tristesse. Mais je laisse mes textes ouverts pour une interprétation ». « C'est plutôt “cryptic”, dit Mireille, car à la maison, on parle ordinairement le franglais. Une de ses chansons, The rider, a séduit la rockeuse anglaise PJ Harvey, qui l'a reprise.

À la Coopérative de Mai, on prédit à Jim un bel avenir. Hervé Deffontis : « On a toujours voulu lui faire rencontrer des gens parce que, pour nous, son avenir n'est pas ici. C'est sûr qu'il nous réserve encore de belles surprises. » Jim doit être mûr. À l'écouter, il semble qu'il a pris racines : « Aujourd'hui, je ne me sens plus un étranger. Je suis “part of the scenery (je fais partie du décor). »

 

Bonus track
Quand il ne travaille pas, Jim écoute de tout, n'ayant qu'une exigence, que ce soit « bien fait ». À côté de sa platine, le jour où nous l'avons rencontré :

  • Bob Dylan - Modern Times  
  • Karen Dalton - It's so hard to tell who's going to love you best
    Chanteuse américaine de folk et de blues décédée en 1993 à l'âge de 55 ans. Cet album date de 1969. Réédité depuis.
  • Las ondas marteles  - Y despues de todo
    Il s'agit du groupe formé par Sébastien Martel avec son frère Nicolas et une contrebassiste, Sarah Murcia.
  • Giorgos Xintaris
    Fameux interprète de rembetika 

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