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Laurent François

L’escrimeur entend bien ramener l’or au cours des 13èmes jeux paralympiques qui se dérouleront à Pékin.

Attention à cet homme, il pourrait bien vous surprendre ! Comme ce jour de juin où rendez-vous avait été fixé dans un bar non loin de la salle de sport de Chamalières où il s’entraîne trois fois par semaine. Laurent avait prévenu qu’un rendez-vous de travail le mettrait en retard. Une fois arrivé à Clermont, il avait pris la peine de passer un coup de téléphone pour prévenir qu’il n’avait plus qu’à traverser la ville.

Autonome

En attendant, je constatais à quel point ce lieu de rendez-vous avait été mal choisi : le bar était fermé, et la terrasse était sur une estrade, visiblement inaccessible pour un fauteuil roulant. C’est alors qu’il a surgi : « Bonjour, Laurent François. » Par où était il passé ? Comment s’y était-il pris ? La réponse devint évidente en partant à la recherche d’un bar ouvert : les marches, les rues, les trottoirs… il faut marcher à bonne allure pour le suivre dans cet univers apparemment hostile au handicap : « Vous savez, en équipe de France, on s’amuse entre nous à se faire basculer en arrière, à se démonter les roues, à les lancer à trois mètres… il faut être autonome quoi qu’il arrive ! » Autonome ! Cet ancien troisième ligne de l’équipe de rugby de Blanzat l’était déjà avant… alors pourquoi ne pas continuer ?

Tout n’a pourtant pas été si simple depuis ce terrible accident de voiture de 1994 qui le paralyse au dessus de l’abdomen. « Cinq ans, ça m’a pris cinq ans ! Il parait que c’est le délai moyen, pour s’adapter, pour accepter. » Cinq ans jusqu’à une soirée chez un ami qui fêtait sa crémaillère : « Il était 3 heures du matin et ça s’est mis à parler escrime. Un maître d’armes, Pascal Mage, cherchait des partenaires pour une femme de l’équipe de France handisports venue passer un an en Auvergne. » Rencontre décisive : ce soir de 1999, Pascal Mage fait deux recrues : Laurent et son copain Manu, qui vont donner la réplique un an durant à la jeune athlète, et qui ont continueront après son départ, séduits par l’expérience.

Gagnant, râleur et perfectionniste

Les deux hommes ne se contenteront pas de faire du sport : ils entrent dans le book France dès leur deuxième année et n’en sortiront plus, Laurent allant même au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer. « J’ai toujours été un gagnant, même quand j’étais valide. J’ai un caractère dur. Je suis un râleur, perfectionniste. Je ne supporte pas de ne pas y arriver, et dans la vie privée, je suis pareil. » Le voilà champion d’Europe en 2003 dans un groupe France devenu une seconde famille : « Entre nous, il n’y a pas de différence. Les valides s’entraînent avec nous, attachés sur des fauteuils roulants. Et là, il n’y a pas de cadeau. Les valides sont avantagés en mobilité, nous, on compense en rapidité. »

Le voilà vite sélectionné pour les jeux olympiques d’Athènes en 2004 alors que personne ne l’y attendait : « J’étais tout nouveau. Sur 12 sélectionnés, je suis le seul à être rentré non médaillé. » La désillusion l’endurcira encore plus. Après deux mois de remise en cause, il reprend l’entraînement à un rythme effréné.

Un autre événement va lui permettre d’aller encore plus loin. En décembre 2005 il entre comme conseiller clientèle EDF à Vichy. « Ça m’a donné la chance d’être libéré facilement. J’ai un contrat avec mon entreprise qui peut utiliser mon image. » Au travail comme à la salle d’armes, Laurent fait preuve de la même force de caractère : «  Quand j’ai un objectif, je le remplis. »

L’or au bout du sabre

Ce soutien de son employeur sera primordial, car le sport adapté ne génère pas les mêmes revenus que celui des valides : « C’est difficile. On paye nos inscriptions, nos billets d’avion. Je me suis donné pour règle de ne rien avoir à payer de ma poche. Partenariats, soutiens… Je dois me débrouiller et faire avec. Le jour où je n’arrive plus à me financer, j’arrête ! » Sa solution, c’est un investissement total. Assauts le mercredi soir ; séance de musculation le jeudi au cours de laquelle il soulève de cinq à huit tonnes de fonte ; leçon avec le maître d’armes le vendredi, puis nouvelle séance de musculation… « Depuis 2003, je n’ai pas raté une compétition, ni un stage. La vie de famille en prend un coup. J’arrive tout juste à passer quelques week-ends à Aigueperse avec mon fils de 4 ans. » Et l’emploi du temps s’est encore alourdi dans la perspective des jeux de Pékin : « A la fin de cette année, j’aurai passé 137 jours avec l’équipe de France. » Mais le jeu en vaut la chandelle : N°1 mondial depuis 2 ans au sabre, N° 3 mondial au fleuret, vice champion du monde 2007 à Varsovie en individuel, champion du monde par équipe, vainqueur du circuit coupe du monde… Laurent est devenu l’homme à abattre au niveau mondial. « Je vise l’or au sabre et un podium au fleuret. » 

La concurrence sera pourtant rude à Pékin, car la Chine est un monstre en escrime, et l’environnement sera inhabituel : « On va tirer devant des salle pleines, face à des gens qui s’entraînent six heures par jour ! Mais nous, on est des Gaulois ! » annonce cet Auvergnat qui s’est forgé un mental d’exception : « Le mental, c’est énorme. Moi, je n’aime pas perdre. L’escrime, c’est le respect, mais en compétition, il faut être le patron, ne jamais se laisser marcher sur les pieds. Il y a des matches où on sent dès le début qu’on a gagné. Le gars se tasse sur son fauteuil, et c’est fini pour lui.. Je m’entraîne beaucoup. Je renonce à beaucoup de soirées, j’ai un régime alimentaire très strict et je sais que rien ne viendra me parasiter. Même si je perds, je n’aurai aucun regret, car j’aurai tout fait pour réussir. »

Avec de tels arguments, il s’apprête à s’envoler confiant le 1er septembre prochain pour Pékin. Et après ses combats, le 14 septembre au fleuret et le 16 septembre au sabre, quoi qu’il arrive, la suite est déjà écrite : « Je reprends l’entraînement pour préparer les championnats du monde 2010 qui auront lieu en France. Qu’est ce qu’il y aurait de plus beau que de le gagner chez soi ! » Et de conclure sans qu’on lui ait posé la question : « Remarcher ? Je n’y pense même pas. Je suis bien. Jamais je n’aurais fait autant de choses sans mon fauteuil qu’avec ! J’aime mon sport, j’aime ma salle, j’aime mon club de La Rapière, je ne veux pas arrêter. Et je serai encore là à Londres pour les J.O. de 2012 ! »

Mise à jour : Laurent François a décroché deux médailles. Après l'argent en fleuret, l'escrimeur auvergnat a remporté la médaille d'or du sabre.

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