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Roland Paulze d'Ivoy de la Poype

Héros de la seconde guerre mondiale et industriel visionnaire, le comte de la Poype est revenu sur les lieux de son enfance pour être fait citoyen d'honneur de la région Auvergne. L'homme a déjà trop de médailles pour courir les distinctions, mais il s'est dit "ému" par l'initiative. La classe.

Des Pradeaux, près d’Issoire, au Marineland d’Antibes

C'est l'un des derniers survivants du groupe de chasse Normandie-Niemen, composé d'aviateurs français engagés volontaires après des forces soviétiques et qui ont combattu sur le front russe entre le 22 mars 1942 et la Libération. Cette unité a remporté 273 victoires, ce qui en a fait le plus titré de tous les régiments. Roland de la Poype s'y est particulièrement illustré et demeure à ce jour l'unique titulaire français de l'étoile rouge soviétique. Après la guerre, sans regret, il a tourné la page de ses aventures aériennes et s'est lancé dans l'industrie du plastique, fabriquant des millions de berlingots de shampooing Dop, inventant la Citroën Méhari. Prenant le train de l'essor des loisirs, il a fondé le Marineland d'Antibes, puis créé un parcours de golf dans la ville dont il fut le maire. Il a réussi tout ce qu'il a entrepris.Il est né il y a quatre-vingt-sept ans aux Pradeaux, près d'Issoire, dans une famille d'aristos qui ne rechignait pas au boulot et a grandi sur une exploitation agricole. "J'avais une passion pour la marche. Je visitais les lacs pendant mes vacances et je faisais du camping". De 10 à 12 ans, il est mis en pension chez le curé des Pradeaux puis envoyé chez les Jésuites qui ne garderont pas l'adolescent devenu turbulent. A la veille de la guerre, il s'engage comme élève-pilote à l'école de chasse d'Etampes. 

Avec de Gaulle en Afrique

Le conflit qui s'annonce va décider de son destin et dévaster la famille. Son père qui a déjà fait une guerre s'engage. "C'était un type très courageux qui avait monté le premier syndicat agricole de France. Il s'est fait démolir en mai 40 dans l'Aisne. Ma mère est morte de chagrin. Moi, j'étais avec le Général de Gaulle en Afrique." Après l'Appel du 18 juin, il s'est embarqué pour l'Angleterre et a rejoint les Forces aériennes françaises libres, a pris du galon. Puis c'est l'expédition de Dakar, le Cameroun, le Dahomé, Enfin la bataille d'Angleterre sur un Spitfire et la première victoire. Pour lui ce n'est pas de la gloire, "le pauvre gars que j'ai descendu ne m'a même pas vu venir, je suis arrivé par derrière." Volontaire pour rejoindre l'escadrille "Normandie", il arrive en Russie en novembre 42. Jusqu'à début 45, il accomplit "3 ou 400 missions, la majorité sans combat mais ça faisait du travail. Le climat était dur et la nourriture c'était pas... c'est comment le bon truc qu'on mange ici ?... ah oui, de la potée auvergnate. Enfin c'était pas formidable. Notre passion c'était de rentrer pour voir nos familles. Ceux qui étaient mariés se demandaient si leur femme n'avait pas pris des amants." 42 pilotes soit plus de la moitié des hommes engagés dans le groupe y laisseront leur peau. Après le passage du fleuve Niemen et de terribles combats, l'escadrille a été baptisée Normandie-Niemen par Staline reconnaissant et les pilotes rentrent au Bourget aux commandes de leur Yakovlev, cadeau des Russes. "Les Français l'ont mis au marteau-pilon, qu'est-ce qu'ils allaient en faire ?" 

« Au Ministère de l'Air, je n'ai rien appris ! »

27 ans, installation à Paris. "J'ai tourné un peu dans les corridors du Ministère de l'air, je n'ai rien appris." Il démissionne et se lance dans l'industrie. Humant l'air du temps, il choisit le plastique, "c'était l'avenir", fabrique des tuyaux puis des emballages par dizaines de millions pour l'Oréal. Il crée notamment le berlingot de shampooing Dop, dessiné par Vasarély et vendu en chapelets de toutes les couleurs. Dans les années d'après guerre, la société de cosmétique est passée maître dans l'art de la communication. Toute la France écoute le radio crochet qu'elle parraine et chante à l'unisson "Allez donc vous vous faire laver la tête, avec Dop-dop-dop" pour éjecter les mauvais bardes. Roland de la Poype fournit également l'industrie automobile, fabriquant tableaux de bord de Deudeuche, garniture de porte pour l'ID 19. "C'était très intéressant économiquement parlant". Une fréquentation qui l'amène à élaborer un projet de petite voiture de ville. "Elle s'appelait Flipper, une petite bagnole adorable, plus intelligente que la Smart. Quand Motobécane a fait faillite, on s'est retrouvé sans moteur, on a dû arrêter." Mais on se souvient de la Méhari, car cette entreprise-là aboutira. Le Comte en est le créateur. Il a même proposé une version amphibie qui n'a pas convaincu le bureau d'étude. A l'aube des années soixante-dix, il vend l'affaire à Dupont de Nemours. "Ceux-la ont voulu améliorer le système mais ils se sont plantés."Sa démarche est hésitante et il est un peu dur de la feuille mais l'oeil est toujours vif et l'appétit pour la vie n'a pas faibli. Un rien l'enchante : "Qu'est-ce qu'on voit là-bas ?... Le plateau de Gergovie ? Ah formidable." Son badinage a d'autres reliefs de prédilection. "Vous avez vu la petite pépée là-bas ? Elle n'a pas de soutien-gorge." 

« On est gonflé quand on a une idée dans le crâne. »

Redevenu sérieux, il remarque qu'aujourd'hui "les affaires foutent le camp, et les ingénieurs surtout. Pfff, l'expérience est une chose qu'on acquière avec le temps." La sienne est pleine d'aventure. Après le plastique, l'eau et les cétacés. Au début des années 70, il fonde le Marineland d'Antibes, l'un des plus grands parcs aquatiques d'Europe. On y a tourné des images du Grand Bleu. Une réussite quant à la fréquentation même s'il s'est séparé de l'affaire l'an dernier alors qu'elle traversait une mauvaise passe. Il ne se défausse pas de ses responsabilités : " Je n'y étais jamais. Pour qu'une affaire se développe, il faut être sur place." C'est qu'il est devenu maire de Champigné (Maine-et-Loire), où il vit. Il y possédait une ferme qu'il a transformée en parcours de golf. Et puis en 99, il fait fabriquer "un dirigeable elliptique en polyester et laine de verre. Mais le hangar s'est effondré. Tout ça c'est des aventures." Où puise-t-il son énergie ? "Dans la vodka, non je blague, c'est juste que lorsque vous avez une idée dans le crâne..."Au jour d'être fait citoyen d'honneur auvergnat, il a réuni sa famille. Dans le bar de l'aéroport, il réclame "du champagne pour tout le monde." Un jeune capitaine du Normandie-Niemen arrive de Colmar représenter le Régiment et vient le saluer. L'aîné coupe court aux manifestations d'admiration : "Vous avez fait l'école de l'air, vous !" et à la réponse positive associe l'auditoire à son compliment "Tiens, vous voyez !" La courtoisie d'un homme du monde affûtée par une longue pratique des affaires. Et de l'éloquence. Il a dit à l'assistance combien il était "ému" par cette cérémonie. "Quand je vois que des militaires se sont empoisonné la vie pour venir me voir..." Sans avoir l'air de se plaindre, il a remarqué la dureté de son âge, lorsque les amis disparaissent, "ça dégage à une vitesse formidable." Et dans une nouvelle pirouette, a fait rire l'auditoire en racontant cette anecdote bien rôdée : " Quand j'étais petit, je braillais toute la nuit. Mon père qui était impétueux m'a un jour soulevé et m'a dit : "si tu ne te tais pas, je te laisse tomber. Et je me suis tu. J'ai toujours eu une chance formidable dans ma vie. "

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